Tous les lundi matin, les deux classes de CP vont à la piscine.
Tous les lundi matin, il y a chorale.
Tous les lundi matin, N°1 est dispensé de piscine à cause de ses diabolos.
Et tous les lundi matin, à cause de la chorale, on ne fait pas de grasse matinée, on l’emmène à l’école pour 3/4 d’heure et je le récupère quand tout ce joli petit monde joyeux et enjoué part pour un bain commun de 1h30.
Sans nous.
Et à vrai dire, c’est chouette d’avoir quelques heures de plus avec N°1 le jour de congé de Tony.
Et puis quand même, N°1 était triste d’entendre ses copains parler de comment ils avaient sauté, nagé, plongé et comment Louis-Gérard avait failli se noyer.
Il avait ce sentiment de rater quelque chose.
Pauvre enfant.
Par mon incroyable bonté et générosité hors du commun, j’ai eu une idée lumineuse, comme tant d’autres, d’ailleurs, qui ponctuent ma vie de mère: « on va les accompagner, comme ça, tu verras ce qu’ils font, tu seras avec eux ».
A ce moment là, j’étais élue meilleure mère du monde (dans un monde de Pokémons). Quand j’en ai parlé à la maitresse, elle a immédiatement construit un lieu de culte en mon nom dans la cours de récré.
Me voilà donc de retour le lundi devant l’école, après avoir attendu 45 minutes en me posant une seule question « pourquoi? ».
FEU!
Tous les participants sont en rang d’oignon, deux par deux, plus ou moins la main dans la main.
Tout le monde me regarde avec cette insistance qui met tellement à l’aise parce que « mais t’es qui TOI? »
Nous sommes 5 adultes pour un peu moins d’une soixantaine d’enfants. On me dit que c’est beaucoup par rapport à d’habitude, je trouve qu’on n’est jamais trop. On sait jamais, des fois qu’un de nous craque en route.
Le chemin me parait long.
Je ne sais pas où me mettre quand on traverse une rue (et on en traverse, des rues), je ne sais pas si j’ai le droit de frapper celui qui me marche sur mon talon tous les 11 pas en ricanant bêtement (je m’abstiens, donc), je ne sais pas si la ficelle qui est dans mon sac pourrait servir éventuellement à les ligoter les uns avec les autres pour être certaine qu’on n’en perde pas en cours de route (mais je pense qu’elle est malheureusement trop courte). Quoique, peut être que ça arrangerait certains parents. Sait-on jamais, on n’a pas regardé si certains avaient laissé des suppliques dans le cahier de liaison.
Arrivés à la piscine, je sens que faire parent accompagnant plus d’un mois et demi après le début de l’activité, c’est vraiment intelligent. Tout le monde est rôdé. Les filles d’un côté, les garçons de l’autre, on m’envoie chez les garçons.
Le vestiaire sent un mélange de pieds d’enfants et de chlore.
Le vestiaire résonne comme une baffle à un concert de Hard Metal.
Le vestiaire me fait grésiller les yeux tant ça bouge comme dans une fourmilière. Une vague impression qu’ils se sont démultipliés alors qu’ils n’ont même pas touché l’eau encore…. Des Gremlins en pire.
Action-réaction, mon rôle étant d’aider un peu, je me reprends.
On sent qu’on en n’est pas tous au même point niveau autonomie et motricité fine, hein.
Je me concentre sur ceux qui regarde le plafond, une goutte de salive commençant à faire son chemin sur le menton du rêveur de la lune.
« Aller, les gars on y va Go Go Goooo »
Tu vois le coach de Rocky? je suis pire.
« Enlève tes chaussettes c’est mieux! », « tu te baignes avec tes lunettes? » « mais pourquoi t’as gardé ton slip sous le maillot? » « Attends, viens là, je vais déjà commencer par t’enlever ton manteau ».
Les habits volent dans tous les sens dans un joyeux bordel. Ça crie, ça joue, je me prends une chaussette en boule (de la veille, vu l’odeur)(nan parce qu’il n’est pas 10h quand même) dans le nez.
Je mets environ 143 bonnets de bain sur des têtes en tâchant de ne pas crever d’yeux, ni d’arracher des cheveux, ni de plier des oreilles en deux dedans.
30 petits cotons tiges trottinent en dehors du vestiaire derrière l’instit, me laissant là, avec une impression d’être passée dans une centrifugeuse.

Quel que soit ton choix, tu seras ridicule, cherche pas.
Le spectacle est désolant, à aucun moment je n’ai pensé à gérer les habits, privilégiant la préparation des enfants. Des chaussettes de toutes les couleurs, des slips dans des chaussures et des chaussures dans des poches de manteaux.
Je tente un début d’organisation, me préparant au pire pour l’étape inverse.
Nous ne pouvons pas regarder les enfants de trop près. Le maitre nageur veille, des fois qu’on fasse des photos compromettantes d’enfants paniqués au milieu du bassin ou de batailles de frites géantes, sans parler de ceux mimant un sexe géant avec les mêmes frites (ils ont 6 ans et demi, en même temps) (qui a dit « Tony aurait fait pareil? »).
Je taille une bavette avec les deux autres accompagnateurs, le temps passe et l’heure de la fin approche.
Je prends ma respiration, je regarde l’instit partageant mon vestiaire qui me sourit en me disant « abnégation, sinon, on est cuit » dans un sourire de compassion.
Je cherche les chaussettes, les slips, je remets 120 TShirts dans le bon sens, je fais un Mémory géant avec des chaussures, je sauve une paire de lunette d’une fin atroce sous une basket lumineuse.
Je ferme 128 fermetures éclairs et le double de boutons. Je bénis les parents qui laissent leurs enfants se débrouiller tout seuls. Je fais mine d’avoir de l’humour quand l’un d’entre eux lâche un pet énormissime.
En sortant, je me retourne sur le vestiaire. Vide. Semblant lui aussi souffler après tant de maltraitance.
Sur le chemin du retour, l’entrain du matin s’est évanoui, les enfants trainent la patte, l’œil cerné, le cheveu gouttant encore.
Je ne sais même pas si je ne les préfère pas plus vivants, finalement.
On y retourne la semaine prochaine maman? c’était trop bien!
Je vais réfléchir, je reviens.
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Un petit clic de soutien si vous voulez bien c’est toujours là: Vote Cranemou (jusqu’au 15/04)
(Je laisse dans la colonne de droite les deux liens, j’oublie souvent d’en reparler en fin d’article. Merci d’avance!)



























