Partir dans la maison familiale à la mer est devenu tellement une routine annuelle que je pourrais faire les valises les yeux fermés.
On a besoin de tongs, de 2 débardeurs chacun, d’un pantalon bien confortable, de 2 maillots et d’un pyjama. Quelques sous vêtements (2 slips chacun, je brule mes soutifs et mes chaussettes pour l’occasion). Quand on lave, ca sèche dans l’heure, pas la peine de s’encombrer.
Ainsi, je suis partie avec une valise cabine pour 3. Oui, seulement.
Ce qui prend le plus de temps est sans doute le vanity-trousse de toilette qui en plus de contenir les crèmes solaires et brosses à dents contient l’équivalent de l’armoire à pharmacie d’Argan.
Le soucis avec les habitudes, c’est qu’on y intègre moyennement les nouveautés.
Pourtant, c’est pas comme si c’était une nouveauté finalement, mais je ne sais pas, dans la précipitation, j’ai cru que mes enfants étaient peut être des enfants des années 90 et pas 2012.
Donc, je suis partie sans le lecteur DVD portable.
Et sans le support pour mettre l’ipad scotché à l’appui tête.
Oui, on peut dire que je suis partie sans mes alliés sérénité, en freestyle, complétement inconsciente du danger qui me guettait, vouée à une crise de nerf certaine.
Et je ne peux me rabattre sur mes amis DS, livres ou jouets, si mes enfants baissent la tête 10 minutes dans un moyen de transport, ils repeignent l’intérieur cuir et mettent à néant les efforts de n’importe quel sapin odorant pour les 10 prochaines années.
Je m’en suis rendu compte la veille (je dormais chez ma mère, donc). Le matin du jour J, j’ai donc pris les choses en main: le départ étant prévu seulement vers les 10h30, j’ai donné un ballon à Clapiotte et N°1 et leur ai donné carte blanche pour s’ébrouer dans le jardin. Si possible en faisant le plus de roules boulés possible, en courant très très vite et en sautant à pieds joints dans les cages sorties pour l’occasion. But secret: les crever jusqu’à ce que sieste s’en suive.
Pendant ce temps, on chargeait la voiture sans avoir besoin de jouer à Tetris, ma mère ayant aussi compris le principe du « on emmène rien, pas la peine, de toute façon on est toute la journée en maillot ».
Donc en gros, pendant ce temps, on faisait pas grand chose. Mais comme on avait dit qu’on partirait que vers les dix heures et demi, on allait quand même pas prendre de l’avance.
10h15, on s’ennuyait quand même un peu, j’appelle les enfants, les attache dans leurs sièges respectifs et les regarde d’un œil bienveillant, une goutte de sueur perlant sur mon front: 3h30 à gérer la marmaille SANS assistance DVD.
EASY.
Phase 1: se rappeler se qu’on faisant « avant ». Je me rappelle pas. je comptais les voitures rouges, je boulottais des bonbecs, je regardais la serviette coincée dans la vitre en guise de pare-soleil frapper la portière, je faisais des phrases avec les lettres des plaques d’immatriculations et je voulais pas jouer aux N° de départements, étant vraiment nulle à ce petit jeu.
Aujourd’hui, y’a que des voitures grises, les enfants n’ont pas le droit de manger dans la voiture, on a des pare-soleil de la honte ventousés aux vitres, les enfants sont trop petits pour le jeux des phrases et y’a plus les départements sur les plaques. De toute façons, comme on roule à 124 Km/h on est toujours cul à cul avec les 10 mêmes bagnoles pendants 350Km, donc, bon, l’intérêt est minime.
A peine mes pensées enfouis dans ma poche, je me retourne et constate que Clapiotte pionce du sommeil du juste. j’allonge le siège auto en récitant 12 Je vous Salue Marie en bénissant ce siège auto magique.
Je regarde discrètement N°1, excessivement calme pour l’occasion, qui a l’air de s’auto hypnotiser la tâte collée à la vitre en regardant défiler la bande d’arrêt d’urgence.
Je ne dis rien.
Je ne bouge plus.
Je voudrais égorger trois poulets sur une table de sacrifice pour que cet instant de flottement dure 3 heures trente.
Mais c’est pas pratique en voiture.
Alors je retiens mon souffle pour éviter de faire trop de bruit. Je ne réponds à ma mère qu’à demi mot pour ne pas provoquer l’irréparable.
Je parle aussi à ma vessie (et envoie des signaux subliminaux à celle de ma mère pour qu’elles ne nous trahissent pas.
Et c’est 50 minutes après notre départ que Clapiotte se réveille d’un « J’ai faim moi, é veux des pâtes et du chambon ».
L’arrêt pipi est alors autorisé, les estomac remplis, nous repartons. 50 minutes, c’est RIEN.
3 minutes plus tard, l’enfant revigoré s’alternera avec son frère lui aussi bien plus alerte: « est quand qu’on a’ive? » « On est bientôt a’ivé à ta mer é sable? » « Y’a des boggans à ta mer? ch’adore les boggans moi, y bien les boggans à ta mer. y choli lé sabe. Oui. Et toi maman y aime é sabe? Et boggan est bien, ch’adore ».
En boucle.
Avec son frère mort de rire qui la relançait sur ses sujets favoris.
Un peu avant l’arrivée on a eu le droit à la Cane de Jeanne (j’ai parlé de Sète, j’aurai plutôt dû me jeter par la fenêtre au lieu d’ouvrir ma grande bouche). 5 fois. Avec un mix de Auprès de mon arbre et les Copains d’abord.
J’ai bien essayé de refourguer l’Iphone en dernier recours pour que ma tête n’explose pas et en foute de partout sur le pare brise mais N°1, au lieu de se coller devant ses jeux a préféré aller chercher l’intégrale de Brassens préalablement téléchargée par mes soins un soir d’insouciance et de totale déroute.
50 minutes.
La prochaine fois que j’oublie les lecteurs vidéos, on part de nuit ou je les emmène nager 3 heures juste avant le départ.
Ou j’investis dans du Toplexil.
Et donc, tout à l’heure, je serai de nouveau en route pour le retour, toujours sans écrans mais avec Tony en plus dans la voiture, et donc, moi, encastrée entre les deux sièges auto à l’arrière.

Je pense que les poulets égorgés ne suffiront pas.














