« Je pourrais être ton bébé pour toujours maman ? »

« Je pourrais être ton bébé pour toujours maman , même en grandissant ? »

Oui. Toujours ma chérie. J’y compte bien.

Je ne te vois pas grandir tu sais, et pourtant, ce n’est pas faute de t’acheter des pantalons tous les mois parce qu’ils t’arrivent un peu trop vite au dessus de la cheville.

Tu grandis vite. Tu grandis d’autant plus vite que quand je regarde en arrière, j’ai pas mal oublié la petite fille que tu étais quand tu parlais Moldave ou quand tu enchainais les bêtises avec un regard qui en disait déjà long sur ta façon dont tu acceptais les remontrances.

Tu es toujours mon bébé. Peut-être que c’est comme ça quand on est maman. On oublie que nos enfants deviennent vraiment grands. Peut-être que c’est notre moyen à nous de toujours croire que vous dépendez de nous alors que non, clairement, tu te débrouilles seule depuis un moment.

Peut-être aussi que quelque part c’est le seul moyen que je trouve pour m’éviter de penser que je te laisse dans un monde un peu trop moche. Parce que franchement c’est pas joli-joli de te laisser grandir là dedans.

Tu vas grandir encore et trouver que c’est vraiment chiant de devoir  justifier qu’être une fille vaut autant qu’un garçon. Oui, bien plus chiant que de se laver les dents. Trois fois par jour. Parce que je sais que je n’arriverai pas à te rendre ça plus facile d’ici là. J’espère juste que ça le sera un peu plus.

Tu vas grandir encore et comprendre à quel point tout n’est pas juste. Oui, encore moins juste que quand tu dois partager tes bonbons avec ton frère alors que ce sont ceux que tu as eus à l’anniversaire de ta copine.

Tu vas grandir encore et devoir accepter que tout le monde n’applique ni ne respecte quelques principes élémentaires comme le respect, l’égalité, la loi et même l’amour. Oui, encore moins que moi quand je dis que manger du chocolat trop souvent ce n’est pas bien alors que j’en reprends justement un morceau.

Tu vas grandir encore et devoir apprendre à vivre en ayant toujours un peu peur. Oui, encore plus que quand tu es obligée de mettre  la tête sous l’eau à la piscine. Parce qu’on ne pourra jamais rien faire contre les fous et que ce monde que je te donne rend de plus en plus de gens de plus en plus fous.

Tu vas grandir encore et devoir faire avec un monde un peu trop sale. Oui, encore plus que tes mains quand tu touilles de la gadoue.

En soufflant tes 7 bougies, j’aurais dû penser à cet âge de raison qu’on fêtait fièrement à mon époque.
Mais j’ai pensé que pendant ces sept premières années, tu avais déjà dû expliquer que ce n’était pas parce que tu étais une fille que tu devais obligatoirement mettre une robe tous les jours et que tu pouvais courir plus vite que quelques garçons de ta classe aussi.
J’ai pensé que pendant ces sept ans tu avais déjà voulu plusieurs fois comprendre comment il était possible que ta petite camarade qui venait d’un autre pays ne puisse pas avoir de maison alors qu’il faisait quand même froid.
J’ai pensé que pendant ces sept ans j’avais dû t’expliquer plusieurs fois l’horreur que tu as ensuite dû mimer dans ta propre école, au cas où des fous décidaient que ça serait la tienne.
J’ai pensé que pendant sept ans, tu avais déjà trop dit que ça sentait mauvais, la rue, qu’elle était dégueu, la mer.

J’ai pensé que tu avais bien raison de me demander de continuer à t’appeler « mon bébé » parce que c’est la seule protection que je peux t’offrir aujourd’hui. Je ne pourrai pas faire beaucoup mieux.

J’ai pensé que te demander pardon c’était un peu facile.
Alors je vais t’aimer encore plus, t’accompagner encore plus et t’aider à grandir en te donnant la seule chose que je peux vraiment te léguer : voir la lueur du beau dans les grandes pièces noires.

Je sais que tu sauras la faire grandir pour rallumer le monde.

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