J’étais plus forte que le #MeToo quand tout à coup.


©Super Families Andry Rajoelina

Ce week-end ont navigué sur les réseaux sociaux les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc, lancés par Alyssa Milano ainsi que la journaliste Sandra Miller, suite à l’affaire Weintein.
Je ne pense pas que tu sois passé-e à côté.
L’idée étant de se servir de ces hashtags pour faire prendre conscience de l’ampleur de ce que peuvent subir les femmes quand il s’agit de harcèlement sexuel.

J’ai vu mes flux se saturer de #MeToo et d’histoires plus glauques les unes que les autres et j’ai contribué à faire passer le message.

Mais moi, tu sais, je suis forte.
Moi, j’ai pas peur.
moi, je le vis bien.
Je suis comme ça. J’ai une cape de Batman, un sourire qui dit que je vais bien, partout, tout le temps. Je ris, et puis de toute façon, je cours vite et je frappe fort.

Alors, pour moi, c’était facile d’écrire.

Et puis en fait…

En fait, après avoir posté mon statut, en lisant vos messages, j’ai été prise d’un malaise que je ne connaissais pas.

Parce que j’avais listé ce qu’il m’était arrivée.

Pour moi, ce n’était qu’une accumulation de choses désagréables qui se sont succédées en 37 ans.
Des petits trucs pas cool qui font partie de la vie.
De ma vie.

Et de la tienne.

Partout. Tout le temps.

– Les fois où on s’est frotté à moi, prenant pour prétexte que nous étions serrés, qu’il y avait du monde, quand j’avais 12 ans et tous les jours d’après.
– Les fois où mon moniteur d’auto-école me mettait sa main sur la cuisse en me disant que la leçon s’était bien passée.
– Les fois où « t’es bonne, tu dois aimer sucer toi, je suis sûr, avec ce sourire »
– Les fois où le prof d’EPS me touchait à pleines mains pour « mieux me positionner » en gym.
La fois où j’ai claqué la porte assez vite avant d’entendre ce qu’il allait me faire si il réussissait à l’ouvrir.
– La fois dans l’ascenseur.
– Les fois où j’aimerais ne pas savoir ce que tu voudrais « faire à mon cul ».
– La fois où il était caché dans un buisson en train de se toucher alors que j’étais sur le banc avec des copines.
– La fois où il a fallu qu’il me montre son intimité dans un parc.
– Les fois où je reçois des bites en photo alors que je n’ai rien demandé.
– Les fois où on m’a suivie en voiture en ralentissant à chaque fois devant moi.
– Les fois où on m’a suivie alors que je disais non merci.
– La fois où il m’a dit « Laisse toi faire, ça va te faire du bien »
– Toutes ces fois où t’as pas le choix.

J’ai sombré dans une profonde déprime, hier soir, en lisant tout ça.

Parce que j’en oublie.

Parce que c’est ancré dans ma vie.

C’est qui je suis. C’est sur ça que j’ai construit mon personnage.

J’ai plus peur, je me dis que c’est comme ça, c’est quotidien, c’est même plus fatigant, c’est juste une habitude, un caractère à se faire, un truc qui passera, ou pas.
On verra.

Et en fait, on verra pas.
Faut voir ça maintenant, faut pas faire comme si c’était normal, une petite fatalité de la vie parce que c’est facile de vivre en insurgé-e sans bouger, c’est facile d’avoir un bouclier comme état d’âme, mais tu vois, hier soir, ça a tout pété en dedans de moi.
Ça veut dire que ça marche pas.

Parce qu’on m’a pas aidée.
On m’a pas écoutée.
On m’a pas crue.
On m’a pas relevée.
On m’a même pas regardée.

Et on est un paquet dans ce cas.

Et si on n’avait plus peur de marcher seule, de sortir tard, de prendre des rues moins éclairées et de ne plus avoir avoir la crainte d’ouvrir une photo en pièce jointe aussi ?
Et si on n’avait plus peur pour nos gamines qui arrivent là-dedans ?

Alors voilà, qu’est-ce t’en dis, on va se sortir le bras du cul pour le coller plutôt dans la gueule des pourris.
On va écouter sa voisine et laisser pleurer sa copine si elle veut, parce que c’est dur, en vrai.
On va arrêter de croire qu’en étant plus forte ça passera alors qu’en fait, ça les arrêtera pas.
On va croire ce qu’on nous dit.
On va plus minimiser.
On va regarder. Et se bouger.
On va dire que ça suffit et on va le répéter à nos petits, on leur racontera comment on peut vivre sans ça, que c’est cool, que ça vaut le coup de tenter, de plus se taire et de toujours réagir quand ça arrive à côté de toi.
Tu risques quoi ?

Rendez-vous sur Hellocoton !

Comments

14 comments

  1. Georges Cloonesque says:

    Putain ça me met dans une rage de lire des trucs pareils…. Je comprends pas comment la société à dévolué (oui c’est quand tu évolues dans le mauvais sens, Ségolène n’a pas le monopole du néologisme) à ce point….
    Rha purée j’ai envie de coller mon poing sur le nez de bien des mecs d’un seul coup….
    Bises

  2. Ana Grelot says:

    Aïe … il m’est arrivé les mêmes choses, et d’autres encore , comme à vous toutes. Je suis moi aussi forte, gaie et aimable mais stop. Il faut que ça cesse !

  3. Anthony says:

    Ce qui est fou c’est que je sais que ça existe, on sait tous que ça existe, et on sait même tous que quasiment toutes les femmes ont déjà eu à subir ça. Mais le voir écrit en toutes lettres, partout, par toutes les femmes, ça remue vraiment.
    J’espère que ça pourra aboutir à une prise de conscience des politiques et des instituions (parce que des agresseurs, malheureusement ça me parait utopique..) pour que tout ça évolue dans le bon sens et que cela ne devienne plus « normal » (ça ne l’est pas, hein, on est bien d’accord)

  4. Poulette Dodue says:

    Mais oui ! Insurgeons nous !
    Maman de garçons je crois faire de mon mieux pour éviter d’en faire des futurs « connards » n leur inculquant le respect.
    Mais quand j’entends les ados gars entre eux (dans mon taff par exemple) je m questionne : est-ce seulement entre eux pour se la péter entre eux (genre hormones en furie et effet de groupe) Ou (et la je flippe grave) leurs actes sont à la hauteurs des mots qu’ils échangent entre pairs ados mâles ??? Bref vaste questionnement Quoi qu’il en soit écoutons nous et soutenons nous

  5. Julie says:

    Je me suis fait exactement les mêmes réflexions…. la liste…. pas envie… puis des petits trucs me sont revenus comme toi durant la journée… bravo pour ce chouette texte dans lequel je suis sûre, malheureusement, nous serons nombreuses à nous reconnaître…

  6. Yoyo says:

    C’est EXACTEMENT ca! J’ai commencé par regarder les femmes de mon entourage les unes après les autres sortir leur hashtag et me dire que quand même c’est super triste qu’il leur soit arriver des horreurs pareilles, des agressions et tout ca, je me sentais mal pour elles. Et puis, doucement, j’ai réalisé… ah mais on parle de harcèlement aussi là, c’est vrai… Mais alors c’est quoi le harcèlement? Et d’un coup j’avais un exemple précis en tête, ca c’était clairement du harcèlement. Et ca aussi? Et… ca aussi? Et puis des souvenirs de plus en plus lointains et de plus en plus vagues, des évènements anodins classés dans des dossiers poussiéreux au fond de ma tête. Et je me suis rendue compte que non seulement j’étais une Metoo moi aussi, mais qu’en plus comme beaucoup de femmes (apparemment) j’avais déjà définit tout ca comme des contrariétés banales, des petits tracas de la vie quotidienne qui ne méritaient pas que je m’y attarde plus que ca, parce qu’au final il ne m’est jamais arrivé rien de « grave ». J’ai donc moi aussi, comme beaucoup d’autres personnes, la tête totalement retournée depuis 2 jours. Je suis énervée, un peu triste, et franchement dégoutée.

  7. Gh Mathilde says:

    FTM « officielle » depuis 5 6 mois je commence à ressentir un certain nombre de regards concupiscent des plus désagréables, pour l’instant je n’ai pas encore ( le temps m’est probablement compté ) eue de réflexions mais je commence à appréhender ce fait ( qui ne devrait pas être ).

  8. Gr says:

    Étant d’une part une personnalité publique et en plus victime de mon frère depuis décédé je ne peux témoigner que sous anonyma ça aussi c’est violent ma « petite histoire a été publié par une copine (ici ma maman ne verra pas .) …. alors je vous donne un.ectrait de moi … a ceux qui me reconnaîtront je peux en parler .
    Salut Tu vois sur le # balance ton porc je me retrouve finalement bloqué. .. alors si tu veux et si tu penses que mon « expérience « peut aider à faire parler je veux bien te la raconter en quelques mots .
    J’avais 7 ans mon frères 13 alors il était lui aussi un enfant mais moi un bébé. ..
    Et cela a duré et duré jusqu’à ce que j’ai 12 ou 13 ans . Un inceste un simple inceste (ça peut aller très loin l’inceste c’est pas un coup un hasard de vie c’est récurant c’est tout le temps ) c’est tellement ordinaire en fait …
    Mais mon frère est mort et devient donc comme toutes ces personnes parties trop tôt (34 ans) un saint une personne dont on ne peut dire du mal… alors je ne peux pas dire mon frère a fait de moi une victime un truc ancré en toi à l’adolescence et qui fait de toi une cible … La cible du mec de ma mère mais grace a un tempérament de folle de suicidaire ce qui c’est passé n’a pas été « grave « trois caresses et un baisers contraint mais après j’ai été voir la brigade des mineur et la ce fut l’enfer . Il a essayé de me tuer en jetant du balcon un tabouret . Il etait a là sorti de mon lycee j’avais peur qu’il me tue … mais la encore Il fallait comprendre … bichette le pauvre son frère était en fin de vie alors je devais même si ça ne supprimait pas ce qu’il avait fait comprendre que c’était un accident …
    Plus tard adulte mes deux grand ont eu 7 ans ça a été mon.premier choc … comme c’est petit 7 ans et puis il y a ma filleule qui a 7 ans qui joue aux petits poney … et la tu te rend compte … viens je connaissais ma vie je l’avais vécu . Mais c’est plus la même chose depuis les 7 ans de la petite je ne rend compte de ce qu’il m’a volé. ..
    Mes premiers amours … Mes premières fois ….
    Aujourd’hui malgré la maladie m’a vie est belle ils ne m’ont pas complètement brisée mais malgré tout ma vie est tellement différente de celle des autres femmes .
    Ma mère est vivante et c’est pour elle que je ne partage pas sur face. Par contre si tu pense que mon petit témoignage peut apporté je te laisse le publier .
    K’en parle sans gêne je ne me sent coupable de rien mais je doit (et oui encore un devoir) protéger ma mère qui a déjà perdu un fils celui qui avait violé sa fille mais son fils quand même .Et cerise sur le gâteau c’est l’anniversaire de sa mort…

  9. Laurie Sagaspe says:

    Salut
    Effectivement quand on enfouit il suffit d’un choc pour que ça explose en dedans , ça m’est arrivé aussi.
    Et tu vois juste je t’écris ce commentaire et un mec s’arrête en face de mon véhicule et me fait un signe de la pipe en mettant sa langue contre sa joue tu vois , fiouuu j’en ai marre d’être prise pour un objet sexuel .
    Juste j’en peux plus….

  10. Souloute says:

    alors moi je lis souvent ce blog , je m appelle Cecile et j ai 42 ans et deux enfants : je suis abasourdie par le nombre des temoignanges et prise de degout en lisant toutes ces histoires pleine de tristesse et de violence.
    mais abasourdie aussi parce que aussi loin que je cherche dans ma memoire, je ne peux pas ajouter mon #metoo parce que je n ai jamais ete harcelée ou agressér et que visiblement je suis un ovni. suis je plus moche, ou plus bete , plus naïve que vous ?
    ou bien on est quand meme heureusement nombreuses à n avoir rien subit ?
    c est d autant plus etonnant (ou normal) parce que j ai un metier tradionnellement composée majororairement d hommes : ingenieur en conception mecanique.
    j ai fait des etudes d ingenieur des arrs et metiers ou nous etions 12 filles par promo pour 150 garçons. je n ai JAMAIS eu de problemes. ni dans mon boulot ou on est 20% de femmes…je me suis parfois faite draguée mais poliment et discretement jamais vulgairement. donc je voudrais quand meme dire que ,non , tous les hommes ne sont pas des porcs.
    je pense que tous les temoignages que j ai lu sont sincere et j apporte tout mon soutien et ma solidarité à toutes les femmes du #metoo.

    • Marie says:

      Non tous les hommes ne sont pas des porcs heureusement…
      Tu as sans doute eu de la chance ou peut-être es-tu dans un milieu, malgré ses 80% d’hommes moins machistes? Peut-être aussi ne prends tu pas le metro?
      Quoiqu’il en soit c’est heureux qu’il y ait encore des femmes comme toi. Mais le nombre de femmes qui ont subi quelque chose est encore bien trop important.
      En ce qui me concerne je n’ai jamais vécu ça dans le cadre de mon travail (le droit…) mais dans les transports au moins 1 fois par semaine…
      Au boulot c’est différent… On sous-entend que les femmes ont des humeurs… et sont des fainéantes qui s’arrêtent 4 mois sous pretexte qu’elles accouchent alors qu’elles n’en ont pas vraiment besoin… Mais c’est un autre débat…
      Courage à toi et bien sûr ne tombons pas dans la travers de la méfiance ou du fait d’en vouloir à tout le monde.

  11. Ivy says:

    Merci.
    Ton texte devrait être lu par tous ceux qui n’ont rien trouvé de mieux pour critiquer le #balancetonporc que de l’assimiler à des dénonciations d’un autre siècle ou, de manière plus drôle, de demander du respect pour nos amis les cochons !
    Le seul terme mal choisi, c’est « ton ». Pour moi il regroupe un viol, deux patrons qui pensait que le droit de cuissage existait encore et une tripotée de mecs qui me considéraient comme un produit de consommation et qui n’avait jamais appris la signification de « non ».
    Alors oui comme le tien, « mon porc » est un monstre à plusieurs têtes.

Laisser un commentaire