Reconversions professionnelles

Après une scolarité qu’on pourra juger de « normale », j’ai entamé des études en sciences de la vie et de la Terre. Un truc qui parait passionnant, et qui l’est si on évite de parler de toutes les autres matières qui viennent largement gâcher la fête.
Du coup, je me retrouve avec un diplôme qui ne me sert à rien, parce que je n’ai pas poussé le vice à rester plus longtemps que deux ans.

Ne sachant que faire, j’ai commencé à enchaîner des petits boulots, et une fois que tu as goûté à la vie active, pas facile de se replonger dans les études.

Et me voici, quelques années après. Finalement, j’en suis au même point.

En fait, non, j’en qui QUASI au même point. Oui, parce que pendant ce temps là, je suis devenue maman. Et devenir mère et tenter de faire ses heures correctement, c’est encore mieux qu’une professionnalisation.

Oui parce que depuis que je suis une mère, une vraie (n’en déplaise à certaines), je sais:

– Ausculter mes enfants et reconnaitre la différence entre une toux de laryngite, laryngite aiguë et une simple rhino. Je sais aussi si j’ai besoin de dégainer le Babyhaller et je connais toutes les posologie des médicaments autorisés pour les moins de trois ans. La pédiatre, elle valide juste ce que je dis.
En fait, je pourrai faire payer mes gosses 40 euros à chaque fois que je devine de quoi ils souffrent. Je devrais être riche, en fait, en plus d’être docteur.

– Associer les bons gestes sur les bonnes paroles de comptines, aussi sottes soient-elles. Je sais aussi faire diversion quand l’enfant se met à chouiner en lui proposant une super activité qui lui fait oublier que là, tout de suite, il voulait juste déchirer mon permis de conduire. Je sais même construire des cabanes en rouleaux de PQ et faire semblant de boire des thés virtuels dans des tasses en plastiques.
En fait, je devrai avoir un diplôme d’animatrice.

-Décoder le moindre mot qui sort de la bouche de mes enfants depuis qu’ils tentent d’articuler. Évidemment, il y a des ratés, mais leur langage étant en constante évolution, ce n’est pas forcément une science exacte.
En fait, je devrais avoir un doctorat en langues étrangères, option Kurde.

-Décoder le moindre besoin, que ce soit au niveau du tortillage de cul au jettage-sur-le-sol-en-hurlant en passant par l’arrêt momentané de la respiration ou du cri de détresse qu’il lance en croisant un inconnu dans la rue: je sais. Je devine. J’anticipe, même.
En fait, j’aurais dû faire devin.

-Faire semblant de m’intéresser à des dessins animés de toupies ou à la grave maladie de ce chat en peluche à qui il faut une piqûre, là, tout de suite, « é pompiers maman pin-pon a mal é chat maou maou« . Rire et trouver ça formidable et même être capable d’en reparler plus tard dans la journée, pour prouver qu’on a suivi au moins le minimum.
En fait, j’aurais dû faire coiffeuse.

-Mentir comme un arracheur de dents. Parce que oui, le DVD est cassé, mais il sera sûrement réparé demain et que là, si tu mets pas ton manteau, on sera en retard et ils ne voudront jamais ré-ouvrir la porte de l’école, tu m’entends: JAMAIS! Et filez au bain avant que les microbes vous fassent des trous dans la peau des pieds et toi, petite si tu continues comme ça, je vais finir par me fâcher et te mettre au coin. Mais non mon chéri, ce ne sont pas des corps calcinés, c’est un film, tu sais, c’est pour de faux (penser à ne plus regarder les informations). A 22h tu dis? Des drôles de bruits? Aaahhh, non, je rigolai, Papa m’avait fait une bonne blague.
En fait, je devrais faire de la politique.

-garder mon calme pendant les devoirs, les bains ou les engueulades frère/soeur.
En fait, j’aurais dû être maîtresse, maitre nageur ou médiateur dans un centre social.

-Organiser un anniversaire en prévoyant de la déco aux animations en passant par les versions optionnelles pour le petit qui ne veut pas jouer à ça parce que c’est trop nul m’dame et aviser pour que chacun reparte vraiment content de sa journée.
En fait, j’aurais dû monter une boite d’événementiel.

-Répondre au téléphone, écrire un article et préparer le repas du soir. Tout en disant à N)1 de ne pas embêter sa soeur et à sa soeur de venir là pour qu’ele se mouche.
En fait, j’aurai dû faire Shiva.

-aimer au point d’avoir le cœur tout fissuré quand j’entends un de mes deux trognons se plaindre un peu trop fort que la viiiiiie c’est trop porriiiiible.
En fait j’aurais dû…  ah non, en fait, je le suis.

Pile le dessin qu’il fallait!

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Comments

52 comments

  1. anaisl57 says:

    Quand j’ai arreté mes etudes je pensais vraiment reprendre…et puis le temps a passé et mon envie aussi!

    C’est vrai qu’on en fait des choses, et tout a la fois par moment.
    Pour l’instant j’en suis surtout a decoder les besoins, et les pourquoi elle dort pas, pourquoi elle mange pas etc….

    Trop chouette ce dessin!

  2. lilyla says:

    en fait je suis rassurée de ne pas être seule dans une situation pas vraiment voulue, pas vraiment choisie mais comme ça! et surtout … maman !!! Merci pour cet article!

  3. Nat et ses oursons says:

    C’est tellement vrai!!!!!!!!!!!!! Moi j’ai une licence d’anglais (pas de Kurde mais j’aurais pu aussi!!^^), ben à part le fait que je parle anglais, ça m’a pas apporté grand chose!!!!
    Dommage que les compétences acquises en tant que maman ne soient pas plus valorisées, parce qu ‘on se découvre des ressources insoupçonnées!!!!!!!!!!!

  4. lulla says:

    et moi j’ai fait coiffeuse (presque 20 ans!)! 3 gosses plus tard,,,et bientot 5 ans en congés parental….
    je ferais n importe quoi sauf ce metier!!!!!!arghhhhhh!!

  5. Hélène says:

    Très, très bon billet.
    C’est une working maman (quand son gygy ne la force pas à rester chez elle) qui parle mais une working maman qui a bossé il fût un temps notamment sur l’orientation professionnelle de mamans sans ou avec diplôme universitaire (genre DEUG ou licence pour les anciennes) : ce n’est pas toujours simple surtout que certaines se sentent dévalorisées. Ton article leur ferait sans doute du bien.
    Honnêtement, je pensais le thème de « je suis mère au foyer et je sais faire plein de choses » épuisé mais ton article m’a clairement donné le sourire. Encore bravo !

  6. Arnaud says:

    Superbe bilan de compétences ! Dire qu’il y en a qui disent que ce n’est pas du boulot… Mais moi j’vous l’dis : avoir une activité professionnelle autre genre disons tiens euh ingénieur en informatique, c’est nettement plus simple et reposant que tout ce qui est décrit plus haut.
    Et probablement moins funky, aussi.

  7. Lisbei says:

    Vraiment génial ton article !
    Et ça me fait rire, parce que cette semaine, je me suis inscrite à Masse Critique, et je vais recevoir un bouquin « Je suis débordée à la maison », avec bien sûr toutes les solutions miracle à l’intérieur …. comme j’suis pas vache, je ferai tourner aux copines !

  8. Alyzée says:

    Haha j’ai bien ri à « j’aurais du faire coiffeuse » et  » j’aurais du faire de la politique ». Mais non, tu n’es ni coiffeuse, ni docteur (les deux étant difficiles à concilier), tu es juste une Môman avec un grand M. Et ça, c’est cool. Bonne soirée !

  9. judi4l says:

    C’est LE billet qu’il me fallait en ce moment. Pour me remonter le moral, un peu. A peu de choses près dans la même situation, j’avais intégré une grande école (mon rêve, parti bien loin) à 17 ans après mon bac mention très bien, j’étais pleine d’ambitions, et peut-être aussi trop pleine de certitudes. Après un an d’études bâclées à Paris, je me suis tournée vers l’anglais. Un DEUG, pas plus. Et puis plus l’envie, un début de BTS, mais c’était pas mon truc, un déménagement, et puis j’ai commencé à travailler, en me disant qu’il serait toujours temps de s’y remettre… Trois ans et demi après, je suis maman de deux merveilleuses loupiottes, et je me demande encore ce que je vais faire de ma vie professionnelle. Parfois je me dis que je vais bien trouver LE travail qui me fera kiffer, parce que je le vaux bien, parce que je suis douée, parce que le premier qui me donne du travail il va voir la tuerie que ça va être, je lui doublerai son chiffre d’affaires, moi, tellement je serai à fond, et puis parfois, eh ben, j’ai moins le moral on va dire…….
    Et puis, en restant à la maison, en m’occupant des enfants, en m’occupant des papiers, des comptes, des RDV, du ménage, de ma recherche d’emploi, je n’ai pas l’impression d’être considérée. Parfois même, pas par Monsieur, qui LUI a un travail palpitant.
    L’illustration reflète exactement mon quotidien, je pense que je vais l’imprimer et lui coller sous le nez ^^ En tout cas, merci de m’avoir faite sourire, c’était pas gagné aujourd’hui. Et désolée pour le roman, j’en ai profité pour vider mon sac XD

    • cranemou says:

      Garder le sourire c’est ce qu’il y a de mieux pour le moral, alors ravie de t’avoir un peu aidé :)
      rester à la maison n’est pas gratifiant, pourtant, nous sommes extenuée le soir, comme tous ceux qui nous font comprendre que nous restons tranquille chez nous pendant que eux, il triment.
      Je garde toujours à l’esprit que oui, j’ai de la chance. La chance de voir mes enfants grandir avec moi et non avec des puericultrices. C’est une vraie chance.
      Pour le reste, que les beaux parleurs qui croient en faire plus aillent se faire voir, ma main à couper qu’ils ne tiendraient pas 2 semaines à notre place, tout confortablement installés derriere leur bureau.
      Courage à toi, et garde le moral, parce que OUI, on le vaut bien AUSSI! ;)

  10. Lyla says:

    Alors là, j’ai ri aux larmes, et mon Mari près de moi me regardait les yeux écarquillés. Le coup du cri de détresse en croisant un inconnu, je m’en remets pas, sans compter le tortillage-de-cul que je découvre avec mon Crapaud de bientôt 11 mois.
    Ton article : un régal !
    Pour donner un exemple pourri, j’ai un MBA/Master/LLM en Droit des affaires et Propriété intellectuelle. 7 ans d’études ! 7 ans de perdu parce que, mon Dieu, jamais je ne voudrais retrouver l’ambiance d’un cabinet d’avocats. L’horreur…. Et oui, je me découvre tout de même des tonnes de qualités que je ne me soupçonnais pas, moi l’impatiente, colérique, fumeuse de clopes à tire-larigot …. Je suis douce, patience, pleine de ressources et j’en suis FIERE !
    Merci de remettre les choses à leur place et de nous rappeler qu’on fait le pluuuuusssss beau métier du monde de la galaxie de l’univers !

  11. Stéphanie says:

    Bonjour
    Nous aimerions utiliser votre dessin pour l’illustration de l’allaitement maternel et reprise du travail dans le cadre de la semaine mondiale de l’allaitement.
    Nous souhaitons votre accord quand à l’utilisation de ce dernier

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